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À Marceline Desbordes-Valmore

À

L’amour, dont l’autre nom sur terre est la douleur, De ton sein fit jaillir une source écumante, Et ta voix était triste et ton âme charmante, Et de toi la pitié divine eût fait sa sœur. Ivresse ou désespoir, enthousiasme ou langueur, Tu jetais tes cris d’or à travers la tourmente ; Et les vers qui brûlaient sur ta bouche d’amante Formaient leur rythme aux seuls battements de ton cœur...

Semper eadem

S

” D’où vous vient, disiez-vous, cette tristesse étrange, Montant comme la mer sur le roc noir et nu ? ” – Quand notre coeur a fait une fois sa vendange, Vivre est un mal. C’est un secret de tous connu, Une douleur très simple et non mystérieuse, Et, comme votre joie, éclatante pour tous. Cessez donc de chercher, ô belle curieuse ! Et, bien que votre voix soit douce...

Heureux qui comme Ulysse…

H

Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme celui-là qui conquit la Toison Et puis s’en est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrais-je le clos de ma pauvre maison, Qui m’est une province et beaucoup davantage ? Plus me plaît le...

Le cancre

L

Il dit non avec la tête Mais il dit oui avec le cœur Il dit oui à ce qu’il aime He says no with the head But he says yes with the heart He says yes to the person he loves But he says no to the teacher He is up We question him And all the questions are ask Suddenly he has a fit of the giggles And he blots out everything The numbers and the words The dates and the nouns The sentences and the...

À Alfred de Musset

À

Un poète est parti ; sur sa tombe fermée Pas un chant, pas un mot dans cette langue aimée Dont la douceur divine ici-bas l’enivrait. Seul, un pauvre arbre triste à la pâle verdure, Le saule qu’il rêvait, au vent du soir, murmure Sur son ombre éplorée un tendre et long regret. Ce n’est pas de l’oubli ; nous répétons encore, Poëte de l’amour, ces chants que fit éclore Dans ton âme éperdue un...

Aux femmes

A

S’il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre, Qu’une entre vous vraiment comprît sa tâche austère, Si, dans le sentier rude avançant lentement, Cette âme s’arrêtait à quelque dévouement, Si c’était la Bonté sous les cieux descendue, Vers tous les malheureux la main toujours tendue, Si l’époux, si l’enfant à ce cœur ont puisé, Si l’espoir de plusieurs sur Elle est déposé, Femmes, enviez-la...

Adieu à la poésie

A

Mes pleurs sont à moi, nul au monde Ne les a comptés ni reçus, Pas un oeil étranger qui sonde Les désespoirs que j’ai conçus L’être qui souffre est un mystère Parmi ses frères ici-bas ; Il faut qu’il aille solitaire S’asseoir aux portes du trépas. J’irai seule et brisant ma lyre, Souffrant mes maux sans les chanter ; Car je sentirais à les dire Plus de douleur qu’à les porter Paris, 1835 Louise...

In Memoriam

I

I J’aime à changer de cieux, de climat, de lumière. Oiseau d’une saison, je fuis avec l’été, Et mon vol inconstant va du rivage austère Au rivage enchanté. Mais qu’à jamais le vent bien loin du bord m’emporte Où j’ai dans d’autres temps suivi des pas chéris, Et qu’aujourd’hui déjà ma félicité morte Jonche de ses débris ! Combien ce lieu m’a plu! non pas que j’eusse encore Vu le ciel y briller...

De la Lumière !

D

Mehr Licht ! mehr Licht ! (Dernières paroles de Gœthe.) Quand le vieux Gœthe un jour cria : « De la lumière ! » Contre l’obscurité luttant avec effort, Ah ! Lui du moins déjà sentait sur sa paupière Peser le voile de la mort. Nous, pour le proférer ce même cri terrible, Nous avons devancé les affres du trépas ; Notre œil perçoit encore, oui ! Mais, supplice horrible ! C’est notre esprit qui ne...

La Nature à l’Homme

L

Dans tout l’enivrement d’un orgueil sans mesure, Ébloui des lueurs de ton esprit borné, Homme, tu m’as crié : « Repose-toi, Nature ! Ton oeuvre est close : je suis né ! » Quoi ! lorsqu’elle a l’espace et le temps devant elle, Quand la matière est là sous son doigt créateur, Elle s’arrêterait, l’ouvrière immortelle, Dans l’ivresse de son labeur? Et c’est toi qui serais mes limites dernières ...