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Le Mal

L

Tandis que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ; Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raillent, Croulent les bataillons en masse dans le feu ; Tandis qu’une folie épouvantable broie Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ; — Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie, Nature ! ô toi qui...

Sommeil…

S

Ministre du repos, Sommeil, pere des songes, Pourquoi t’a-t’on nommé l’image de la mort ? Que ces faiseurs de vers t’ont jadis fait de tort, De le persuader avecques leurs mensonges ! Faut-il pas confesser qu’en l’aise où tu nous plonges Nos esprits sont ravis par un si doux transport Qu’au lieu de raccourcir à la fureur du sort Les plaisirs de nos jours...

Stérilité ! …

S

Je suis un arbre mort et j’attends la cognée ; Mes rameaux dépouillés ne portent plus de fruits ; Ma sève a trop coulé ; la dernière saignée Fut fatale pour moi et je vais vers la nuit… Avec d’amers regrets je regarde les feuilles De ceux qui verdissants, s’envolent vers le ciel… Je ne puis rien donner à l’homme qui recueille, Et l’abeille en fuyant, loin...

Miroir

M

Le temps d’un miroir n’a pas d’âge Ni le visage qui s’y plaît, Qui se regarde se partage Et son passé n’a pas de clef. Le doigt qui suit sur une tempe La veine bleue ou le fil blanc Comme la trame d’une estampe Ou la frontière sur un plan, Le doigt longtemps suit une ride Et n’en devine le défaut Que si le cœur devient aride Et ne bat plus quand il le...

La coupe

L

Laisse venir à toi doucement les images ; Comme une coupe pure offre-leur ton esprit Et qu’au cristal de l’eau dans leur fraîcheur surpris S’inscrivent les reflets légers des paysages. Ne bouge pas. Bientôt s’en viendront les oiseaux Apprivoisés poser leur vol près de la coupe. Des lézards étendront leurs corps agile et souple Au soleil ; et le ciel s’irisera dans...

Saltimbanques

S

Dans la plaine les baladins S’éloignent au long des jardins Devant l’huis des auberges grises Par les villages sans églises Et les enfants s’en vont devant Les autres suivent en rêvant Chaque arbre fruitier se résigne Quand de très loin ils lui font signe Ils ont des poids ronds ou carrés Des tambours des cerceaux dorés L’ours et le singe animaux sages Quêtent des sous sur...

Véronique

V

La maison était rose avec des volets bleus Je voyais dans la nuit les traits de ton visage L’aurore s’approchait, j’étais un peu nerveux, La lune se glissait dans un lac de nuages Et tes mains dessinaient un espace invisible Où je pouvais bouger et déployer mon corps Et je marchais vers toi, proche et inaccessible, Comme un agonisant qui rampe vers la mort. Soudain tout a changé...

Moi (Le lépreux)

M

Quand les neiges de l’âge auront blanchi mon front, Aurai-je une âme en qui s’épanchera mon âme ? Non, malheureux, au port où m’attend l’abandon, sans joie et sans regret, je quitterai la rame ! Aucun enfant au seuil de mes jours éternels, Ne viendra recevoir mes baisers paternels ! Sur ma couche, râlant, combattant l’agonie, Mes regards vainement chercheront une...

Le banc

L

I Les maisons du village ont partout, près du seuil, Le banc de pierre blanche ombragé par des treilles, Le banc où chaque soir sont assises les vieilles, Qui jettent vers la route un tranquille coup d’œil. Sous les rayons pâlis qui frôlent leur paupière, Elles semblent attendre, en rêvant, le retour Des villageois laissant la tâche coutumière, Qui regagnent leur gîte à la chute du jour. Le...

Les cygnes

L

I Vers la mi-février, dans nos tièdes contrées, Comme un oiseau d’amour précurseur de printemps, Sur un lit de roseaux, d’herbes enchevêtrées, Le cygne a fait son nid au bord de nos étangs. Le saule reverdit sur le miroir paisible. La menthe a répandu ses bouquets parfumés A l’entour du grand nid caché, presque invisible, Où les petits dans l’oeuf sont encore enfermés...