CategoryFrance

Le Corbeau et le Renard

L

Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître renard, par l’odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : « Hé ! bonjour monsieur du corbeau, Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. » À ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie ; Et pour montrer sa...

Ce qui est comique

C

Savez-vous ce qui est comique ? Une oie qui joue de la musique, Un pou qui parle du Mexique, Un bœuf retournant l’as de pique, Un clown qui n’est pas dans un cirque, Un âne chantant un cantique, un loir champion olympique. Mais ce qui est le plus comique, C’est d’entendre un petit moustique Répéter son arithmétique. Maurice Carême (1899-1978) (in « La lanterne magique »...

le pélican

l

Le capitaine Jonathan, Étant âgé de dix-huit ans Capture un jour un pélican Dans une île d’Extrême-Orient. Le pélican de Jonathan, Au matin, pond un œuf tout blanc Et il en sort un pélican Lui ressemblant étonnamment. Et ce deuxième pélican Pond, à son tour, un œuf tout blanc D’où sort, inévitablement, Un autre qui en fait autant. Cela peut durer pendant très longtemps Si l’on...

La Biche

L

La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux : Son petit faon délicieux A disparu dans la nuit brune. Pour raconter son infortune À la forêt de ses aïeux, La biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux. Mais aucune réponse, aucune, À ses longs appels anxieux ! Et, le cou tendu vers les cieux, Folle d’amour et de rancune, La biche brame au clair de lune...

voyelles

v

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes : A, noir corset velu des mouches éclatantes Qui combinent autour des puanteurs cruelles, Golfes d’ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes, Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ; I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles Dans la colère ou les ivresses...

Chanson d’automne

C

Les sanglots longs Des violons De l’automne Blessent mon cœur D’une langueur Monotone Tout suffocant Et blême, quand Sonne l’heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure. Et je m’en vais Au vent mauvais Qui m’emporte Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte. Paul Verlaine (1844-1896) (in « Poèmes Saturniens », 1866) pour en savoir plus sur l’auteur...

Partir

P

Partir vers les rives du rêve ; Partir sur l’aile des désirs, Sur le voilier d’or qui s ‘élève Au gré des vents et des zéphyrs. Partir lorsque le jour s’achè Ve, Que brille l’étoile du soir ; Ne plus entendre lente, brève, Sonner l’heure du désespoir. Dans l’air où les roses se meurent, Où tout est un hymne vers Dieu, Autour des grands jets d’eau qui pleurent, Quand l’iris exhale un adieu...

el desdichado

e

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé, Le prince d’Aquitaine à la tour abolie : Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé Porte le soleil noir de la Mélancolie. Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé, Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie, La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé, Et la treille où le pampre à la rose s’allie. Suis-je...

Demain dès l’aube

D

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour...

jeunesse

j

Nous n’avons pas fini de renouer les rêves dont tous les fils se sont cassés aux doigts des autres et de jeter aux mains qui retombent, lassées, le regard supérieur de nos jeunes dédains. Nous n’avons pas fin de rire en écoutant la Grise Expérience chevroter ses conseils, ni de t’attendre au coin de nos vertes années, Amour. Nous n’avons pas fini de tourner le bouton...