Les cygnes

L

I

Vers la mi-février, dans nos tièdes contrées,
Comme un oiseau d’amour précurseur de printemps,
Sur un lit de roseaux, d’herbes enchevêtrées,
Le cygne a fait son nid au bord de nos étangs.

Le saule reverdit sur le miroir paisible.
La menthe a répandu ses bouquets parfumés
A l’entour du grand nid caché, presque invisible,
Où les petits dans l’oeuf sont encore enfermés.

Impatients de naître, et bien avant d’éclore,
Ils tressaillent parfois dans leur mince prison,
Sous les feux du couchant, les réveils de l’aurore,
Dont les chaudes clartés empourprent l’horizon.

Dès qu’ils sont affranchis de leur coque brisée,
Tout joyeux, en droit fil, sur les profonds étangs,
Ils nagent à plein corps, de franche allure aisée,
Comme surpris d’avoir attendu si longtemps.

En parcourant des yeux tant de clairs paysages,
Au soleil qui sur eux fait pleuvoir ses rayons :
« Tous nos pressentiments étaient de sûrs présages,
Pensent-ils, et dans l’oeuf déjà nous en rêvions. »

II

Ainsi pour nous, rivés au sol de notre globe,
Du terrestre horizon les bords sont embrumés.
A notre œil imparfait l’avenir se dérobe :
Dans un espace étroit nous sommes renfermés.

Et nous pourrions franchir Alpes et Pyrénées,
Et la haute atmosphère où l’on peut respirer,
Sans rien savoir de nos futures destinées ;
Mais nos larmes souvent nous disent d’espérer.

André Lemoyne (1822-1907)
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