CategoryVictor Hugo

Paroles sur la dune.

P

Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau, Que mes tâches sont terminées ; Maintenant que voici que je touche au tombeau Par les deuils et par les années, Et qu’au fond de ce ciel que mon essor rêva, Je vois fuir, vers l’ombre entraînées, Comme le tourbillon du passé qui s’en va, Tant de belles heures sonnées ; Maintenant que je dis : – Un jour, nous triomphons ; Le lendemain, tout...

Il fait froid

I

L’hiver blanchit le dur chemin.Tes jours aux méchants sont en proie.La bise mord ta douce main,La haine souffle sur ta joie. La neige emplit le noir sillon.La lumière est diminuée…Ferme ta porte à l’aquilon !Ferme ta vitre à la nuée ! Et puis laisse ton cœur ouvert !Le cœur, c’est la sainte fenêtre.Le soleil de brume est couvert ;Mais Dieu va rayonner peut-être ! Doute du bonheur, fruit...

Après avoir souffert

A

Après avoir souffert, après avoir vécu,Tranquille, et du néant de l’homme convaincu,Tu dis je ne sais rien ! — Et je te félicite,Ô lutteur, ô penseur, de cette réussite. Maintenant, sans regret, sans désir, humblement,Bienveillant pour la nuit et pour l’aveuglement,Tu médites, vibrant au vent comme une lyre ;Tu savoures l’azur, le jour, l’astre ; et sans lireLes papyrus...

A l’Arc de triomphe

A

Oh ! Paris est la cité mère ! Paris est le lieu solennelOù le tourbillon éphémère Tourne sur un centre éternel ! Paris ! feu sombre ou pure étoile ! Morne Isis couverte d’un voile ! Araignée à l’immense toile Où se prennent les nations ! Fontaine d’urnes obsédée ! Mamelle sans cesse inondéeOù pour se nourrir de l’idée Viennent les générations ! Quand Paris se met à...

A des âmes envolées

A

Ces âmes que tu rappelles,Mon coeur, ne reviennent pas.Pourquoi donc s’obstinent-elles,Hélas ! à rester là-bas ? Dans les sphères éclatantes,Dans l’azur et les rayons,Sont-elles donc plus contentesQu’avec nous qui les aimions ? Nous avions sous les tonnellesUne maison près Saint-Leu.Comme les fleurs étaient belles !Comme le ciel était bleu ! Parmi les feuilles tombées,Nous...

A la mère de l’enfant mort

A

Oh! vous aurez trop dit au pauvre petit angeQu’il est d’autres anges là-haut,Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change,Qu’il est doux d’y rentrer bientôt; Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,Une tente aux riches couleurs,Un jardin bleu rempli de lis qui sont des astres,Et d’étoiles qui sont des fleurs; Que c’est un lieu joyeux...

Mes deux filles

M

Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,Lune pareille au cygne et l’autre à la colombe,Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !Voyez, la grande soeur et la petite soeurSont assises au seuil du jardin, et sur ellesUn bouquet d’oeillets blancs aux longues tiges frêles,Dans une urne de marbre agité par le vent,Se penche, et les regarde, immobile et vivant,Et frissonne...

Au bord de la mer

A

Vois, ce spectacle est beau. – Ce paysage immenseQui toujours devant nous finit et recommence ;Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ;Ce chaume où l’on entend rire un groupe joyeux ;L’océan qui s’ajoute à la plaine où nous sommes ;Ce golfe, fait par Dieu, puis refait par les hommes,Montrant la double main empreinte en ses contours,Et des amas de rocs sous...

Danger d’aller dans les bois

D

Ne te figure pas, ma belle,Que les bois soient pleins d’innocents.La feuille s’émeut comme l’aileDans les noirs taillis frémissants ; L’innocence que tu supposesAux chers petits oiseaux bénisN’empêche pas les douces chosesQue Dieu veut et que font les nids. Les imiter serait mon rêve ;Je baise en songe ton bras blanc ;Commence ! dit l’Aurore. – Achève ...