Le coffret

L

Ma mère, pour ses jours de deuil et de souci,
Avait, dans un tiroir secret de sa commode,
Un petit coffret en fer rouillé, de vieille mode,
Et ne me l’a fait voir que deux fois jusqu’ici.

Comme un cercueil, la boîte est funèbre et massive
Et contient des cheveux de ses parents défunts
Dans des sachets jaunis, aux pénétrants parfums,
Qu’elle vient quelquefois baiser le soir, pensive.

Quand sont mortes mes soeurs blondes, on l’a rouvert
Pour y mettre des pleurs et deux boucles frisées :
Hélas ! nous ne gardons d’elles, chaînes brisées,
Que ces deux anneaux d’or dans ce coffret de fer.

Et toi, puisque ton front vers le tombeau se penche,
O mère, quand viendra l’inévitable jour
Où j’irai dans la boîte enfermer à mon tour
Un peu de tes cheveux, — que la mèche soit blanche !

Georges Rodenbach (1855-1898)
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