CategoryMarceline DESBORDES-VALMORE

La sincère

L

Veux-tu l’acheter ? Mon coeur est à vendre. Veux-tu l’acheter, Sans nous disputer ? Dieu l’a fait d’aimant ; Tu le feras tendre ; Dieu l’a fait d’aimant Pour un seul amant ! Moi, j’en fais le prix ; Veux-tu le connaître ? Moi, j’en fais le prix ; N’en sois pas surpris. As-tu tout le tien ? Donne ! et sois mon maître. As-tu tout le tien, Pour...

Solitude

S

Abîme à franchir seule, où personne, oh ! Personne Ne touchera ma main froide à tous après toi ; Seulement à ma porte, où quelquefois Dieu sonne, Le pauvre verra, lui, que je suis encor moi, Si je vis ! Puis, un soir, ton essor plus paisible S’abattra sur mon coeur immobile, brisé Par toi, mais tiède encor d’avoir été sensible Et vainement désabusé ! Marceline DESBORDES-VALMORE (1786...

Un cri

U

Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle ! Est-il au monde un coeur fidèle ? Ah ! s’il en est un, dis-le moi, J’irai le chercher avec toi. Sous le soleil ou le nuage, Guidée à ton vol qui fend l’air, Je te suivrai dans le voyage Rapide et haut comme l’éclair. Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle ! Est-il au monde un coeur fidèle ? Ah ! s’il en est un, dis-le moi...

Regret

R

Des roses de Lormont la rose la plus belle, Georgina, près des flots nous souriait un soir : L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile, Et l’Aurore passa triste, sans la revoir ! Pure comme une fleur, de sa fragile vie Elle n’a respiré que les plus beaux printemps. On la pleure, on lui porte envie : Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps ! Marceline...

Point d’adieu

P

Jeunesse, adieu ! Car j’ai beau faire, J’ai beau t’étreindre et te presser, J’ai beau gémir et t’embrasser, Nous fuyons en pays contraire. Ton souffle tiède est si charmant ! On est si beau sous ta couronne ! Tiens ! Ce baiser que je te donne, Laisse-le durer un moment. Ce long baiser, douce chérie, Si c’est notre adieu sans retour, Ne le romps pas...

Rêve d’une femme

R

Veux-tu recommencer la vie ? Femme, dont le front va pâlir, Veux-tu l’enfance, encor suivie D’anges enfants pour l’embellir ? Veux-tu les baisers de ta mère Echauffant tes jours au berceau ? – “Quoi ? mon doux Eden éphémère ? Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau !” Sous la paternelle puissance Veux-tu reprendre un calme essor ? Et dans des parfums...

Un moment

U

Un moment suffira pour payer une année ; Le regret plus longtemps ne peut nourrir mon sort. Quoi ! L’amour n’a-t-il pas une heure fortunée Pour celle dont, peut-être, il avance la mort ? Une heure, une heure, amour ! Une heure sans alarmes, Avec lui, loin du monde ! Après ce long tourment, Laisse encor se mêler nos regards et nos larmes ; Et si c’est trop d’une...

Ne fuis pas encore

N

Tu crois, s’il fait sombre, Qu’on ne te voit pas, Non plus qu’une autre ombre, Glissant sur tes pas ? Mais l’air est sonore, Et ton pied bondit… Ne fuis pas encore : Je n’ai pas tout dit ! À qui ce gant rose Qui n’est pas le mien ? Quel parfum t’arrose, Qui n’est plus le tien ? Tu ris, mais prends garde, Ta lèvre pâlit… Moi je te regarde...

Sans l’oublier

S

Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime. On peut bannir son nom de ses discours, Et, de l’absence implorant le secours, Se dérober à ce maître suprême, Sans l’oublier ! Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course, Porter au loin la vie à d’autres fleurs ; Fuyant alors le gazon sans couleurs, J’imitai l’eau fuyant loin de la source...

Son retour

S

Hélas ! Je devrais le haïr ! Il m’a rendu le mal de l’âme, Ce mal plein de pleurs et de flamme, Si triste, si lent à guérir ! Hélas ! Je devrais le haïr. Il m’a rapporté ce tourment Qu’avait assoupi son absence : Dans le charme de sa présence, Dans mon nom, qu’il dit tristement, Il m’a rapporté ce tourment. Dans le baiser pur du retour Lorsque son âme m’a...