CategoryAlphonse BEAUREGARD

L’arbre mort

L

Je connais, au fond d’une anse Où sa maigre forme danse, Un érable mort, Mort nous raconte une histoire De s’être penché pour boire L’eau claire du bord. A le voir nu comme un marbre, L’été, parmi d’autres arbres Verts et vigoureux, On dirait que la nature L’a laissé sans sépulture Pour un crime affreux. Plus tard quand tombent les feuilles Quelquefois il les...

Désir simple

D

Jeunes filles qui brodez En suivant des songeries, Seules sur vos galeries, Ou qui dehors regardez, Comme des oiseaux en cage, Si j’en avais le courage Vers l’une de vous j’irais – Dieu sait encore laquelle, La plus triste ou la plus belle – Et d’un ton simple dirais : – ” Vous êtes celle, peut-être, Qui m’apparaît si souvent Diaphane dans le...

Sonnet impressionniste

S

Quelle âme revêtir dans cette forêt vierge Qui va, grimpant les monts, au ciel donner assaut, Où la terre a gardé l’empreinte d’un sursaut Par quoi, depuis des temps fabuleux, elle émerge. Arrière fatuité, loin de moi rire sot Que l’on promène au bal, dans la rue ou l’auberge. Comme si j’explorais quelque nouvelle berge, J’aurai l’âme qui sied en face...

Gratitude

G

J’ai dit à la forêt haute et pleine d’orgueil : ” Tuer, seul me déride ; J’irai dans tes abris dépister le chevreuil Et le lièvre timide. ” Lors la forêt m’offrit, pour mon repos du soir, Un lit d’herbe et de mousse Où la lune envoyait, entre les rameaux noirs, Une lumière douce. Je sommeillais lorsque des grenouilles sautant, Nombreuses et pressées, Se...

Le passé

L

Telle qu’une vapeur s’épaississant toujours, La nuit grave s’étend sur les îles boisées ; Les plus belles au loin, déjà semblent rasées Et les rives n’ont plus que de fuyants contours. A mes pieds, le vent d’est chassant l’onde à rebours, Courbe les joncs comme autant d’âmes angoissées. – Veux-tu que nous allions reposer nos pensées Dans...

Maison abandonnée

M

Audacieusement sise à cette hauteur,Cette maison proprette et d’une vigne ornéeEst au milieu d’un tel déploiement de splendeurQue l’on devrait, il semble, y trouver le bonheur.Pourtant elle est abandonnée. Abandonnée, avec ces champs verts alentour !Vide, quand on peut voir de toutes ses fenêtresDes coteaux, des vallons et des coteaux toujours !Déserte, quand un lac au gracieux...