ArchiveApril 2016

VERS

V

Ecrits après une visite au Cimetière du Père-Lachaise Je suivais, tout pensif et sombre, ces alléesQue bordent de milliers de tristes mausolées,Rêvant l’éternité dont la tombe est le seuil ;Je voyais la nature elle-même être en deuil :Les feuilles des rameaux, par le froid détachées,Voltigeaient sur le sol, jaunes et desséchées.L’hiver venait, l’hiver et toutes ses rigueursQui glacent le...

La rose

L

À Madame M…. Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,De son premier regard elle enchante autour d’elleEt le bosquet natal et les airs et le jour.Dès l’aube elle sourit. La brise avec amourSur le buisson la berce, et sa jeune aile erranteSe charge en là touchant d’une odeur enivrante ;Confiante, la fleur livre à tous son trésor.Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;Nous sommes...

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret

V

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret,Des secrets à mi-voix dans l’ombre et le silence,Le coeur qui se répand plutôt qu’il ne s’élance,Et ces timides, moins transis qu’il ne paraît. Vous accueillez d’un geste exquis telles penséesQui ne marchent qu’en ordre et font le moins de bruit.Votre main, toujours prête à la chute du fruit,Patiente avec...

Le papillon malade

L

Apologue Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,Un papillon dans sa vieillesse(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesseDes amants nouveau-nés, dont le rapide essorEffleurait les boutons qu’humectait la rosée.Soulevant un matin le débile ressortDe son aile à demi-brisée : ” Tout a changé, dit-il, tout se fane...

Amitié

A

A Mlle N*** Je connais un petit angeLequel n’a jamais mouilléSa blanche robe à la fangeDont notre monde est souillé. C’est lui qui donne le changeAu pauvre coeur dépouilléQue l’amour, vautour étrange,D’un bec cruel a fouillé. Cet ange, qui vous ressemble,Sous son aile nous rassembleC’est la divine Amitié. Son regard est doux et calme ;Il m’offre sa chaste...

Souvent, le front posé sur tes genoux…

S

Souvent, le front posé sur tes genoux, je pleure,Plus faible que ton coeur amoureux, faible femme,Et ma main qui frémit en recevant tes larmesSe dérobe aux baisers de feu dont tu l’effleures. ” Mais, dis-tu, cher petit enfant, tu m’inquiètes ;J’ai peur obscurément de cette peine étrange :Quel incurable rêve ignoré des amantesL’Infini met-il donc au coeur de ces...

Le vent est doux comme une main de femme

L

Le vent est doux comme une main de femme,Le vent du soir qui coule dans mes doigts ;L’oiseau bleu s’envole et voile sa voix,Les lys royaux s’effeuillent dans mon âme ; Au clavecin s’alanguissent les gammes,Le soleil est triste et les coeurs sont froids ;Le vent est doux comme une main de femme,Le vent du soir qui coule dans mes doigts. Je suis cet enfant que nul ne...

Soleil couchant

S

Les ajoncs éclatants, parure du granit,Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,La mer sans fin commence où la terre finit. A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nidSe tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,A la vaste rumeur de l’Océan s’unit...

Tant que mes yeux pourront larmes épandre

T

Tant que mes yeux pourront larmes épandreA l’heur passé avec toi regretter,Et qu’aux sanglots et soupirs résisterPourra ma voix, et un peu faire entendre ; Tant que ma main pourra les cordes tendreDu mignard luth, pour tes grâces chanter ;Tant que l’esprit se voudra contenterDe ne vouloir rien fors que toi comprendre, Je ne souhaite encore point mourir.Mais, quand mes yeux je...