Archive2016

Vous qui sur mon front, toute en larmes

V

Vous qui sur mon front, toute en larmes, Pressez vos yeux pour ne plus voir Les feuilles du berceau de charmes Sur le sable humide pleuvoir, Dans le brouillard funèbre où glissent Ces ombres des jours révolus, Pauvre enfant dont les cils frémissent, Vous qui pleurez, ne pleurez plus. Car bientôt, dans les avenues, Décembre transparent et bleu Etendra sur les branches nues Ses belles nuits...

A George Sand (IV)

A

Il faudra bien t’y faire à cette solitude,Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir,Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir.Il faudra bien t’y faire ; et sois sûr que l’étude, La veille et le travail ne pourront te guérir.Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude,Toi, pauvre enfant gâté, qui n’as pas l’habitudeD’attendre vainement et sans rien voir venir. Et pourtant, ô mon...

Sonnet à mon ami R…

S

J’avais toujours rêvé le bonheur en ménage,Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,Vient trouver, à la fin d’un long pèlerinage,Un dernier jour de calme et de sérénité. Une femme modeste, à peu près de mon âgeEt deux petits enfants jouant à son côté ;Un cercle peu nombreux d’amis du voisinage,Et de joyeux propos dans les beaux soirs d’été. J’abandonnais l’amour à la jeunesse ardenteJe...

Arc-en-ciel

A

Tu as redessiné ma vieAux couleurs de ton arc en ciel… Rouge, tes lèvres purpurines,Ton sourire qui m’émerveille ;Orange, au couchant, ton soleilDans la douce brise marine ;Jaune d’or, l’éclat de tes yeuxQue tes rêves secrets mordorent ;Verte, la mousse où tu t’endorsDans le sous-bois privé des dieux ;Bleus, l’océan de tes désirsEt la puissance de ses lames ;Et...

La Poèsie

L

Je suis la confidente et la compagne douceQui jamais ne refuse et jamais ne repousse;Mon amour est un lac calme et silencieux,Discret comme les bois et pur comme les cieux,Dont les bords sont remplis de parfums, dont les ondesBercent des baisers bleus et des caresses blondes.Oh! viens, poète aimé, te baigner dans mes eaux;La brise chante et change en flûtes les roseaux,Et répand sur mon sein les...

VERS

V

Ecrits après une visite au Cimetière du Père-Lachaise Je suivais, tout pensif et sombre, ces alléesQue bordent de milliers de tristes mausolées,Rêvant l’éternité dont la tombe est le seuil ;Je voyais la nature elle-même être en deuil :Les feuilles des rameaux, par le froid détachées,Voltigeaient sur le sol, jaunes et desséchées.L’hiver venait, l’hiver et toutes ses rigueursQui glacent le...

La rose

L

À Madame M…. Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,De son premier regard elle enchante autour d’elleEt le bosquet natal et les airs et le jour.Dès l’aube elle sourit. La brise avec amourSur le buisson la berce, et sa jeune aile erranteSe charge en là touchant d’une odeur enivrante ;Confiante, la fleur livre à tous son trésor.Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;Nous sommes...

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret

V

Vous êtes calme, vous voulez un voeu discret,Des secrets à mi-voix dans l’ombre et le silence,Le coeur qui se répand plutôt qu’il ne s’élance,Et ces timides, moins transis qu’il ne paraît. Vous accueillez d’un geste exquis telles penséesQui ne marchent qu’en ordre et font le moins de bruit.Votre main, toujours prête à la chute du fruit,Patiente avec...

Le papillon malade

L

Apologue Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,Un papillon dans sa vieillesse(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesseDes amants nouveau-nés, dont le rapide essorEffleurait les boutons qu’humectait la rosée.Soulevant un matin le débile ressortDe son aile à demi-brisée : ” Tout a changé, dit-il, tout se fane...