ArchiveAugust 2013

LE REGARD

L

     Regard ardant, cruel meurtrier de l’ame,Et qui le corps retire de la lame,Portant l’enfer en son superbe trait,Et paradis en son plus doux attrait.      Regard posé d’un oeil demy ouvert,Orné d’esmail, d’esmail noir, blanc et verd,Dessous le sein d’une voille argentée,Rasserenant l’oeillade redoutée.      Regard aygu à la force asseuréeContre les...

SECRET DU POETE

S

Je n’ai pour amie que la nuit. Avec elle, toujours je pourrai parcourirDe moment en moment des heures, non pas vides,Mais un temps que je mesure avec mon coeurComme il me plaît, sans jamais m’en distraire. Ainsi lorsque je sens,Encore s’arrachant à l’ombre,L’espérance immuableA nouveau débusquer en moi le feuEt le rendre en silenceA tes gestes de terreAimés au point...

SOUS LES AILES DE NULMOT

S

D’abord tu brûlerasles images. Puistubrûleras les lettres. Puis tu brûlerasce qui est écritdans l’eau.Et ce qui est écrit dans la pierretu lebrûleras aussi. Et pour finir ce quin’est écrit nulle part. Des cendresde nulmots’élèvel’oiseau de nulmot. Sous ses coups d’aile tu te penchesen arrière, turespires. Puistu brûleras les images. Jan Erik Vold– –...

Ma seule amour…

M

Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,Puisqu’il me faut loin de vous demeurer,Je n’ai plus rien, à me réconforter,Qu’un souvenir pour retenir liesse. En alléguant, par Espoir, ma détresse,Me conviendra le temps ainsi passer,Ma seule amour, ma joie et ma maîtresse,Puisqu’il me faut loin de vous demeurer. Car mon coeur las, bien garni de tristesse,S’en est voulu...

L’agréable leçon

L

Dans la brise ailée et sonoreS’éveillent les dieux bocagers ;Et le chalumeau des bergersBrode de ses accords légersLe voile rose de l’aurore. Tircis aux pieds d’Églé dit son âme amoureuse.L’air est bleu ; la rosée étincelle aux buissons ;Le ruisseau d’argent clair brille dans les cressons,Et le chien noir a l’oeil sur la brebis peureuse. Sur ses pipeaux Tircis à la Journée HeureusePrélude ; mais...

The Caurnie Poets

T

Oh, caurnie, whaur’s your rhymers noo?You yince had poets quite a few,But noo I look your paper through,and no’a verse,Can it be you’ve lost the breedThat jingled cot a wee bit screed?Are they asleep or are they deid?whit mak’s them scarce? But maybe it’s because you’re “dry”,And no’ a drink to them supply,That they to ither taverns hie,and...

ORACIÓN VERDE

O

Madre verde que estás con nosotros,danos tu luz y tu sombra;danos, madre, tu voz y tu silencio,la danza y la quietud,los abrazos del bosque,el esplendor del mar y de la aurora.Ven agua madre, ven; deja tus ríoscorrer o remansarse,la tempestad clamar;que la gracia del tiempo entre las olas,como un ave nos cante en la alborada.¿Dónde si no en tu corazón en llamas,madre fuego, nacieron tus...

La mort de loup

L

I Les nuages couraient sur la lune enflamméeComme sur l’incendie on voit fuir la fumée,Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon,Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,Nous avons aperçu les grands ongles marquésPar les loups voyageurs que nous avions traqués.Nous...

Air vif

A

(Derniers poèmes d’amour, 1963)
J’ai regardé devant moiDans la foule je t’ai vueParmi les blés je t’ai vueSous un arbre je t’ai vueAu bout de tous mes voyagesAu fond de tous mes tourmentsAu tournant de tous les riresSortant de l’eau et du feuL’été l’hiver je t’ai vueDans ma maison je t’ai vueEntre mes bras je t’ai vueDans mes rêves je t’ai vueJe ne te quitterai plus.
Paul Eluard
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Paul Eluard

Quand je suis à tes pieds …

Q

Quand je suis à tes pieds, comme un fidèle au templeImmobile et pieux, quand fervent je contempleTa bouche exquise ou flotte un sourire adoré,Tes cheveux blonds luisant comme un casque doré,Tes yeux penchés d’où tombe une douceur câline,Ton cou svelte émergeant d’un flot de mousseline,L’ombre de tes longs cils sur ta joue et tes seinsOù mes baisers jaloux s’abattent par essaims,Quand j’absorbe ta...