En ce moys delicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieulx mieulx
La doulceur du temps imite,
Mais une rigueur despite
Me faict pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.

Dedans vostre oeil gracieux
Toute doulceur est escrite,
Mais la doulceur de voz yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessoubs une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.

Or puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Desesperé d’avoir mieulx,
Je m’en iray rendre hermite,
Je m’en iray rendre hermite,
Pour mieulx pleurer mon malheur
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.

Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avoit conduitte,
Où, desperé d’avoir mieulx,
Je m’en iray rendre hermite:
Peult estre que ma poursuite
Vous feroit changer couleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ay ceste douleur.

Joachim Du Bellay (1525-1560)


La nuit ferme ses volets
Emprisonnant peurs et pleurs,
Tout espoir est envolé.

Le sol stupide a tremblé
Pourtant devant ce malheur
La nuit ferme ses volets.

Il boit son café au lait
Mais sans l’ami, sans la soeur
Tout espoir est envolé.

Elle fouille les remblais
En sanglotant mais, sans coeur,
La nuit ferme ses volets

Abandonnant bras, mollets,
Têtes, bêches et rancoeurs.
Tout espoir est envolé.

La Camarde a fauché blés,
Certitudes et bonheurs.
La nuit ferme ses volets,
Tout espoir est envolé.

©Rolland Pauzin. 26-10-2001- Villanelle


Vole plume de la haine,
Cher crayon empoisonné
Tu as adouci mes peines.

A Mirabeau dans la Seine
L’amour a enfin coulé.
Vole plume de la haine.

Ecran aux lignes lointaines
Par des touches de clavier
Tu as adouci mes peines.

Dans ma tour inhumaine,
Avant toi, je m’isolais.
Vole plume de la haine.

Toi à la voix incertaine,
T’ayant ainsi rencontrée,
Tu as adouci mes peines

Pendant qu’une aigre rengaine
Chaque jour me torturait.
Vole plume de la haine.

Toi qui a semé les graines
De confiance et d’amitié
Tu as adouci mes peines.

Grâce à toi mes doigts égrenent
A nouveau l’espoir d’aimer.
Vole plume de la haine,
Tu as adouci mes peines.

©Rolland Pauzin. 9-9-2001 – Villanelle


Dieu, les gueux le vilipendent
Lui que l’on ne voit point
Que sa tolérance est grande!

Des va-nu-pieds quémandent
Quand les fermiers font leurs foins.
Dieu, les gueux le vilipendent

L’éthiopien est sans viande,
Le suisse a de l’embonpoint,
Que sa tolérance est grande!

L’enfant souffre dans les Andes
Ses vieux prennent à témoin
Dieu, les gueux le vilipendent

Les bons et les méchants pendent
Leurs morts dans tous les recoins
Que sa tolérance est grande!

Bien qu’ils le couvrent d’offrandes
Les pauvres meurent sans soins.
Dieu, les gueux le vilipendent

L’armée riche tue des bandes
De vieux innocents bédouins
Que sa tolérance est grande!

N’est-il qu’une simple légende
Qu’il n’ouit ceux dans le besoin?
Dieu, les gueux le vilipendent,
Que sa tolérance est grande!

©Rolland Pauzin. 16-10-2001 – villanelle


Au loin le train siffle Adieu
Au village vieillissant
Et le froid pique les yeux.
L’hiver si long si odieux
Enfile son manteau, quand,
Au loin le train siffle Adieu.
L’enfant – sourire gracieux
S’échappe comme le vent
Et le froid pique les yeux
D’immobiles pauvres vieux
Se sentant vieillir, pourtant,
Au loin le train siffle Adieu
D’un coup alerte et joyeux.
Rien ne sera comme avant
Et le froid pique les yeux
De l’adolescent anxieux
Qui quitte enfin ses parents.
Au loin le train siffle Adieu
Et le froid pique les yeux.

©Rolland Pauzin 3-1-2002 – villanelle