Katia Kapovich
Katia Kapovich
Katia Kapovich
Katia Kapovich
C’était un grand poète il a une effigie
De douze mètres dix tout en bronze et en fer
Que lui ont érigée ceux des chemins de fer
Ceux des mines et ceux de la sidérurgie
C’était un grand poète il chantait l’énergie
L’huile de bras de coude et celle dont se sert
Le plus humble graisseur de nos chemins de fer
Et il chantait aussi les p’tits gars d’Géorgie
La force productive n’avait aucun secret
Pour lui faut-il le dire et à tous les congrès
Son poème au travail mouillait maint mouchoir rouge
Ce chantre du labeur succomba au combat
Quoique d’aucun disent qu’il mourut dans un bouge
Des suites d’un chancre qu’il avait assez bas
©Jean Marie Flemal
Il écrivait
des poèmes d’homme primaire
ne faisait que fort peu de cas
de l’effort à fournir
et rechignait sans patience
à toute peine
Ses images
ne lui coûtaient que peu de voyages
ils les avait toutes
depuis longtemps à portée de main
il lui suffisait de se baisser pour les glaner
et les apprivoiser ensuite
dans sa grande cage à mots
“C’était un poète”
a-t-on dit après sa mort
et il en riait dans sa tombe
se tapant sur les cuisses bruyamment
en se cognant les coudes à la caisse
et en poussant d’abominables jurons
qui chassaient les esprits du cimetière
et gelait l’eau des goupillons
les matinées d’enterrement
Mort comme vivant
jamais il ne résistait au sommeil
et sa production ne l’inquiétait guère
pas plus que la postérité
Il était d’une race en voie de disparition
et n’avait pas gravé son œuvre
dans une matière imputrescible
ou non recyclable
©Jean Marie Flemal
Tous ces livres lus
l’un après l’autre dévorés
puis jetés pêle-mêle
au pied du lit
Tous ces livres
ces histoires ces contes ces poèmes
tous ces livres oubliés
et au bout du compte
la cécité
©Jean Marie Flemal