Arnaud Somveille

Je voudrais vivre ainsi
Manger parce que j’ai faim
Boire parce que j’ai soif
Rire quand je suis joyeux
Pleurer quand j’ai de la peine
Marcher parce que la route est belle
Calme droite et sans fin
Parler quand les mots sont nécessaires
Me taire quand ils ne suffisent plus
Vivre parce que la vie est douce
Et un beau jour
Mourir parce que la vie s’achève
Mourir calmement comme si je
M’endormais pour rêver de toi.

(in Errances, éditions Saint-Germain-des-près, Paris 1985)


Il n’ont pas aimé son pardessus,
ni son imperméable non plus ;
il s’est mis en colère.
Soudain il a ouvert
son parapluie, et là… il a plu.

(Arnaud Somveille)


Il n’avait rien construit
Il n’avait rien laissé
A la postérité
Quand la mort le faucha
En pleine fleur de l’âge
Quand la mort l’appela
Loin de cette terre

Pourtant
Pourtant il avait
Dans sa vie de bohême
Simple vie de mortel
De quoi donner l’occasion
A n’importe quel historien
N’importe quel romancier
D’emplir une bibliothèque tout entière

Il aurait mérité
Que son nom fût inscrit
Sur le marbre éclatant
D’un monument célèbre
Mais son nom ne figure
Que sur le bois pourri
D’une croix silencieuse
Au fond d’un cimetière.

Arnaud Somveille

1982

(in Errances, éditions Saint-Germain-des-Près, Paris 1985)


Sur le sable chaud,

elles prennent le soleil,

les belles potiches.

Arnaud Somveille – Haïkus illustrés

( plage de Djerba, Tunisie – octobre 2005)

Il s’avança seul sur la Piste,
Leva son bras pour saluer ;
Monsieur Loyal, pour l’annoncer,
Cria : Voici l’équilibriste !

Sur un ballon posé à terre,
Il disposa en porte-à-faux,
Une planchette et, sans un mot,
A chaque bout y mit un verre ;

Sur un second morceau de bois
Calé sur cet ensemble instable,
Il empila chaises et tables
Et un tabouret de guingois ;

Il ajouta sur l’assemblage
Un cube avec une autre planche,
Et fit, d’un puissant coup de hanches,
Le poirier sur l’échafaudage ;

Il y resta quelques secondes,
Puis il ôta tous les objets
Un par un, d’un coup de poignet,
Sous les bravos de tout le monde ;

Il inclina sa tête nue
Comme le font tous les artistes ;
En pas chassés quitta la Piste…
Et nul ne la jamais revu.

©Arnaud Somveille ( 16 août 2002 )