Il m’a fallu sept ans pour venir sur ta tombe ;
Sept années de refus, de doutes, de silences,
Pour peut-être accepter l’inacceptable absence.
Il m’a fallu ce temps pour me remettre au monde.
Quand je suis arrivé dans l’humble cimetière,
Un vent léger d’avril hantait les arbres nus ;
Je croyais pénétrer en des lieux inconnus,
Pourtant, mes pas savaient le chemin de ta pierre.
Alors j’ai tout revu : les regards de mes frères
Que j’avais oubliés depuis nos jeux d’enfants,
Mes soeurs comme noyées dans le flot des vivants,
La digne retenue des larmes de ma mère.
Je suis là, ce matin. Le granit nous sépare.
Je ne peux m’empêcher de toucher ton tombeau ;
J’entends bruisser le vent ; comme cet arbre est beau !
Je sais que tu es là, attentif, quelque part.
Quand tu m’as accueilli dans ma vie toute neuve,
Avec ta jeune épouse, il y a si peu de temps,
J’étais loin de penser qu’un beau jour de printemps,
Il me faudrait te suivre en soutenant ta veuve.
Je n’oublierai jamais ce matin solennel.
J’accueillais dans ce monde, ému, mon petit gars,
Fier d’être de nouveau père, et toi grand-papa,
Et toi, tu le quittais pour le vide éternel.
Ce qui me trouble encor, c’est que je n’ai pas pu
Te dire ce soir-là, la veille de ton jour,
Combien mon coeur battait pour toi de mots d’amour,
Même si mon coeur dit que toujours tu l’as su.
Quand du clocher voisin j’entendis sonner l’heure,
J’ai quitté ton lopin, l’esprit un peu moins sourd,
Mais restant dans le siècle et le coeur bien trop lourd
De te savoir là-bas si seul en ta demeure.
© Arnaud SOMVEILLE – avril 2000 – inachevable
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Neuf avril
Je l’avais vu dans ses yeux
L’ultime rendez-vous
Venait d’être pris
Le lendemain
Au matin
Il s’est
Tu
Tu
Ne sais
Mon chagrin
Et dans mes mains
C’est ton premier cri
Si discret – je l’ avoue
Qui me détourne des cieux
© Arnaud SOMVEILLE – avril 1993 – Géométrique, sablier
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PRESENT D’AVRIL
Il me manque les mots pour exprimer
Ce que mon coeur contient d’ambiguïté :
La douleur et la joie mêlées d’avril,
Le même instant qui ouvre et clôt les cils,
L’avenir qui vient boucler le passé.
L’un, que la secrète maternité
A mystérieusement préparé,
Me cherche de ses petits doigts fragiles…
Il me manque.
L’autre pendant ce temps déjà compté,
Semant le doute en ma paternité,
En silence et libéré du futile,
S’endort, le coeur léger, l’esprit tranquille.
Depuis qu’il a rejoint l’éternité,
Il me manque !
© Arnaud SOMVEILLE – 9 avril 2002 – Rondeau
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ONZE ANS
Voilà déjà onze ans que s’en revient avril.
Comme une mauvaise herbe enfouie en mon jardin,
la douleur de l’absence ouvre mon coeur soudain ;
l’hiver redonne un coup de froid et de grésil.
La douleur est moins forte avec les ans qui filent.
Mon petit jardinier défriche mon lopin.
Je suis si fier de lui ; il a onze ans demain.
Onze ans… pourtant le temps d’un battement de cil !
© Arnaud SOMVEILLE – 8 avril 2002 – Double Quatrain
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AVRIL EST REVENU
Aujourd’hui, pour la onzième fois,
avril est revenu. Je ne vois
pas encore en mon jardin s’ouvrir
la jeune pousse. Je laisse fuir
le temps, cette eau vive, entre mes doigts.
Chaque année, en ce jour, je m’aperçois
qu’un peu d’hiver toujours reste en moi ;
et voilà ce qui me fait souffrir
aujourd’hui.
La jeune pousse, elle, suit la loi
de la nature et, patiente, croît.
Le courage qui la fait grandir,
est la force de mon avenir.
D’y penser, j’ai un peu moins froid
aujourd’hui.
© Arnaud SOMVEILLE – 9 avril 2004 – Rondeau
Avec l aimable autorisation de l’auteur