Et c’est alors qu’éclate cet insaisissable instant
Oú, sans l’ombre de l’entendement
Les petites voix du ciel
Résonnent plus fort que la mer toute entière et le vent.
La mer et le vent l’effondrent dans le silence.
Et soupirant, soupirant des doubles sanglots
De doubles contre-basses, folles de bercer
Un bourdonnant accord pour les petites gorges
Les petites gorges qui enchantent et s’épanouissent
Dans la lumière avec une douce félicité
Avec le calme étonnement magique
De s’entendre et de mesurer leur force
La force de ces petites voix ; abeille, mouche,
Feuille qui bruisse, cosse se déchirant
Brise qui moutonne sur les hauts des herbes,
Bruit sec, obsédant de l’insecte.
KATHERINE MANSFIELD (1888 – 1923)
Traduits par Jean Pierre Le Mée
Original :
VOICES OF THE AIR
But then there comes that moment rare
When, for no cause that I can find,
The little voices of the air
Sound above all the sea and wind.
The sea and wind do then obey
And sighing, sighing double notes
Of double basses, content to play
A droning chord for the little throats–
The little throats that sing and rise
Up into the light with lovely ease
And a kind of magical, sweet surprise
To hear and know themselves for these–
For these little voices : the bee, the fly
The leaf that taps, the pod that breaks,
The breeze on the grass-tops bending by,
The shrill quick sound that insect makes.
