Je pensais à elle, à nous ; que j’étais morose !
De l’amour jamais je ne cueillerais la rose.
Séant, mon front posé sur ma main incolore,
Je crois avoir touché de la folie les bords.
C’est beau un ciel nocturne grouillant de claires étoiles.
La lune semble me comprendre, de mes peines j’ôte les voiles.

Dur est d’être dans un monde où l’amour n’est amour,
Où l’oubli, gai, habitera les âmes pour toujours.
J’aime une gracieuse fille que je ne peux embrasser ;
Que dois-je faire pour que nos corps puissent s’enlacer ?
À peine j’approche mes lèvres des siennes qu’elles se retirent ;
Suis-je de Tantale au supplice ? Ou dois-je être martyr ?

Je ne sais si c’était rêve ou réalité ;
Je quittai mon corps, surpris, le vis alité.
Je m’envolai, occupai un nuage tout gris,
Joignis la lune ; d’ici-bas ce fut mon abri.
Le chagrin intense ne nous est pas étranger,
Nous parlions d’amour, de passion sans y songer.

Cela fait une éternité, me disait-elle,
Qu’elle se voit éperdue de Titée l’immortelle ;
Elle l’a vue épouser Uranus, fils du Jour,
Qui mourut de mutilation, ô troubadour !
Méfiez-vous de celle que vous aimez ingénu !
Vous finirez par marcher miteux, les pieds nus.

Tendrement seul un poète crédule peut aimer,
Avec ses pensées, il ne fait que blasphémer.
Dieu est amour, vous le savez comme je le sais,
Amour est Dieu, à quoi bon servent ces larmes versées ?
Dites à tout honnête homme qui prétend le connaître
Qu’il est en lui, qu’il n’attend que l’on lui fasse naître.

Celle que vous estimez votre Muse est Circé,
Elle est entourée de poison, de cœurs percés.
Dès qu’aimée, en une autre elle se métamorphose,
Elle vous étale ses épines comme le fait la rose ;
Céleste et capiteuse, on succombe à son charme,
Et, agenouillé, elle vous poignarde par son arme.

Soudain, le soleil la chasse, et part désolée ;
Elle ne m’a pas tout révélé, ô affolée !
Et, mon âme, pareille, plus que jamais agitée,
Réalise qu’un autre rêve vient de la quitter.
Le présent se révèle insupportable, cruel ;
Le futur entre avec ma conscience en duel.

Une larme, aussi gelée que la pluie de décembre,
Soulage ma peine, coule sur ma joue dans un air sombre.
Un autre jour commence, les douleurs sont les mêmes ;
N’a-t-on dit qu’on ne récolte que ce que l’on sème ?
Ô illustre soleil nocturne ! Ô reine du silence !
Je vous prie, bannissez de mes peines les immenses.

©BAKA Jaouad




Avec l’aimable autorisation de l’auteur

B. Jaouada  participé au “Prix de la création littéraire”, un concours de la poésie qui est organisé  au Maroc,  il a eu le 2ème prix.


DERNIERES PAROLES

1-Youssef Al Khal

Hier, je me suis souvenu de votre beau jardin,
Je me suis souvenu de ses feuilles et du chant des pigeons
Et du visage de mon grand-père.
Hier je me suis souvenu de la distance entre le son d’une voix et la cheminée
de ma mère et notre beau réveil.

Hier, je me suis souvenu des mouchoirs sur un marbre éclairé
Et des soucoupes entre deux ciels :
Entre la mort des aimés et la belle pluie
Hier je me suis souvenu des lampes de ceux qui sont partis,
Je me suis souvenu de votre noblesse
Je me suis souvenu d’un fils mince entre deux herbes
Et d’un fil qui déchire ce voile
Je me suis souvenu du chanteur
Et de vos amis égarés
Et j’étais le premier qui s’empresse
Au sein de ma mère.

2- Khalil Haoui

Te voilà trompé par le guide
Et sorti d’un nuage pour aller vers un autre
Tu présentes notre corps
Et tu appelles la mer une plaisanterie
Te voilà heureux
Pour ta mort sur les lettres
Et la mer agitée
Et la chêne détruit la montagne nouvelle
Et secoue dans la nuit
La mer de glaces
Et la paix, le Soufre, le Sel de Sodome
Construisent pour toi le cercueil incrusté de pierres
Te voilà paralysé
La nuit n’a pas allumé en toi le feu de la braise
Ou la braise du jour
Dans la grotte, après les glaces.
Te voilà vivant le soir
Et la nuit et les vagues, et la pluie heureuse
Et l’obscurité du bâtiment
Et la lumière de la cheminée.
Te voilà sortant de Sodome
Et Sodome enfant qui a fermé le buisson vaste
Sodome n’est pas un cimetière.

3- LORKA

Si je t’avais vu mes pieds ne se seraient pas reculés,
Ou ils n’auront pas caché mon visage.
Si je t’avais vu, je n’aurais pas fait ces guerres que
Tu avais aimées,
Si je t’avais vu avant ce dernier adieu
J’aurais été replié sur moi-même comme se replient les feuilles des arbres.
Si je t’avais connu avant ce matin heureux
Je t’aurais donné ma voix que j’aime
Son bel écho
Ou je t’aurais donné une nuit noire
Qui te cache des ennemis
Cependant je ne t’ai pas vu
Pour cela je me contente de lire vos poèmes
Et je me confie à leurs belles métaphores
Toi, poète Qormoti.

4 – MARGE POUR JOSEPH

….Et je dors
Moi, qui se jette
Sur les routes
Et sur les points de lance des bédouins
L’ennui qui plane sur l’âme
Me dégoûte,
Faut-il entrer dans mes temps
D’un trou de la blessure
Ou d’une pierre dans le désert ?
Ou faut-il marcher sur le feu ?
Et mes frères, vont-ils me chercher
Dans le puits
S’ils entendent ma voix dans le désert ?
Vont-ils dire nous sommes revenus
Dans nos mains un habit et un sang et de l’encre ?
Vont-ils dire nous avons oublié
De lui dire
Que son nom est Joseph,
Que son début ressemble à sa fin :
Un voyage,
Une folie,
Une parole.
Alors je serais seul dans le puits
Seul, comme un sang
Comme un sabre,
Comme si je n’étais qu’une montagne d’illusions,
Pour cela qui va m’enseigner tous les noms,
Qui va me parler ou me dire :
Oh Joseph !
Tu es donc :
Un corps
Une prière
Un désert .

©Abderrahmane Bouali

Avec l’aimable permission de l’auteur

"The Caravan" Copyright 2003-04-24 Miguel Eloi