par Rolland Pauzin

DEFINITION

Voila la définition du Limerick à l’irlandaise ou à la britannique puisque l’Irlande etait britannique à l’époque.

LIMERICK A L’IRLANDAISE

A light or humorous verse form of five chiefly anapestic verses of which lines one, two and five are of three feet and lines three and four are of two feet, with a rhyme scheme of aabba. The limerick, named for a town in Ireland of that name, was popularised by Edward Lear in his Book of Nonsense published in 1846.

The final line of Lear’s limericks usually were a repetition of the first line, but modern limericks generally use the final line for clever witticisms.

The limericks, while unsuitable for serious verse, lend themselves well to humour and word-play. Their content also frequently tends toward the ribald and off-colour.

Definition of ANAPEST, ANAPESTIC :

A metrical foot with two short or unaccented syllables followed by a long or accented syllable, as in inter-VENE or for a WHILE. William Cowper’s “Verses Supposed to be Written by Alexander Selkirk” is a poem in which anapestic feet are predominately used, as in the opening line,

I am MON | -arch of ALL | I sur-VEY,

Examples:

There was a young lady named Bright,
Who travelled much faster than light.
She started one day
In the relative way,
And returned on the previous night.

– Anonymous

LIMERICK A LA FRANCAISE

Il n’y a pas a ma connaissance de règles précises du Limerick francais. La methode la plus proche est probablement de respecter les règles suivantes (par ordre d’importance des règles):

* poème de 5 vers
* Rimant en (a,a,b,b,a)
* Vers 1,2,5 de même longueur entre eux et vers 3,4 aussi.
* Vers si possibles en (9,9,6,6,9) ou au moins d’une longueur similaire (par exemple 12,12,8,8,12) mais en respectant bien le fait que les vers 3 et 4 doivent etre un tiers plus court que les autres vers pour faire ressortir le dernier vers.
* Sujet à traiter devrait etre du type amusant, anecdotique, absurde, et/ou montrant un trait de caractère d’une personne, d’un animal ou d’un lieu. En particulier le dernier vers doit etre le vers qui fait sourciller ou sourire.
* Le maitre du Limerick etant Lear il est aussi interessant de reprendre la fin du premier vers comme la fin du dernier vers en un sorte de boucle (absurde, ou contenant un autre sens).
* Du point de vue de la metrique il serait aussi interessant de couper les longs vers en 3 parts égales 3-3-3 par examples et les courts en 2 parts égales cela serait probablement la meilleure facon d’imiter le rythme du Limerick de langue anglaise.

Le limerick apparait probablement vers le XIV eme siecle. Le premier poème identifié comme tel est “The lion is wondirliche strong” (voir Legman dans son historique du Limerick) d’autre comptines de cette époque telles “Hickory Dickory dock” ont aussi une allure de Limerick. Cette comptine etant en fait une traduction d’une comptine francaise ils se pourrait que l’origine du limerick soit francaise!!!!!!!!!! (c’est un peu tiré par les cheveux mais comme les autres origines du Limerick le sont aussi, c’est aussi plausible).

Par exemple, on peut trouver dans le breviaire de Saint Thomas D’aquin – XIIIeme siecle (probablement tout a fait involontairement) le premier Limerick ecrit en latin! :

Sit vitiorum meorum evacuato
Concupiscentiae et libidinis exterminatio,
Caritatis et patientiae
Humilitatis et obedientiae
Omniumque virtutum augmentati.
Pour l’elimination de mes pechés
Et de mes libidineuses pensées
Que la charité et la patience
Que l’humilité et l’obédience
Viennent mes vertus augmentées

L’hypothèse la plus repandue pour l’origine du limerick est : Limerick – forme poètique definie d’apres la chanson : “Will you come up to Limerick,” … le seul probleme est que cette chanson n’est pas un Limerick. Donc l’origine du Limerick n’est pas connue mais il est probable qu’il y a une connection avec la ville (ou la region environnante) de LIMERICK sur l’estuaire du Shannon en Irlande (du Sud) que ce soit par référence à un texte ou simplement parce que les premiers Limerick viennent de là.

Apparement on peut retrouver des Limericks (ou pseudo-limerick) dans Hamlet et Othello de Shakespeare et dans d’autres comptines ou chansons à boire de cette époque mais les premiers Limericks qui ne peuvent pas etre contestés comme tels sont publiés en 1820 et 1821 sous forme de poèmes d’enfants . Ils sont utiliser pour amuser en prenant un point de vue enfantin et en se moquant de ce monde des adultes bien trop serieux et rébarbatif. Il s’agit là de deux series de Limericks, un sur les femmes , l’autres sur le hommes avec des references sur les lieux. Une facon d’apprendre la géographie en quelque sorte et probablement le monde des adultes aussi! Cela ressemble aux dictons d’almanach et cela permet aux enfants d’associer des mots nouveaux et des situations amusantes. Une facon ludique d’apprendre en quelque sorte surtout qu’ils étaient accompagnés d’illustrations.

Mais le limerick est surtout connu grâce à LEAR qui ecrivit entre 1836 et 1846 sa premiere serie de Limerick . Chaque poème est aussi illustré par Lear lui même dans la version publiée en 1846.

Le limerick de Lear a des caracteristiques particulieres qui en ont fait son charme et malheureusement le charme de ces Limericks n’a pu etre redécouvert par d’autres. Les vers 1 et 5 finnissent avec les même mots pour donner une tournure similaire au rondeau et en quelqe sorte intriguer le lecteur dans l’attente de cette reprise finale avec une nuance differente ou un effet de surprise. Les limericks decrivent des histoires absurdes par la situation ou par l’agencement et le choix des mots. En quelque sorte Lear etait un précurseur au dadaisme, surréalisme, à Beckett et Ionesco. Bien sur que 5 petits vers par ci ou par là ne forment pas une theorie poètique c’est simplement une facon amusante de pouvoir appréhender le monde qui nous entoure, et de le moquer. Cet environnement etait très fermé et restrictif durant cette période Victorienne donc cette forme poétique connut un certain success assez rapidement a sa parution.

Voila un exemple de Limerick de Lear qui raconte une histoire absurde mais au cours de laquelle le lecteur est pris par surprise a chaque vers. Les amoureux de Queneau, Desnos ou autre Tardieu pourront apprecier:

There was a young lady of Portugal
Whose ideas were excessively nautical;
She climbed up a tree
To examine the sea,
But declared she would never leave Portugal.

Lear – 1846

Traduction:

Une jeune femme du Portugal
Qui adorait les excursions navales
Monta sur un portique
Pour scruter l’Atlantique
Puis dît qu’elle restait au Portugal

L’histoire ne montre qu’une situation cocasse la jeune femme sur un arbre ( j’ai ecrit portique dans la traduction pour la rime ) mais c’est bien tout ce que nous savons… il n’y a aucune autre information ou raisonnement pour expliquer la decision, les mots sont là pour donner une ou deux images et le lecteur construit sa propre histoire à partir de ces bouts d’information. Le burlesque est crée par le choix des mots – simples, enfantins- , un rythme plaisant (d’où l’importance de ces vers de meme longueurs avec 3 souffles pour les vers longs et deux pour les vers courts)… et des doubles sens (en anglais par example nautical comprend le mot naughty = désobéissante, infidéle, villaine.) qui font faire des associations de pensées, de preference amusantes ou grivoises. Souvent l’enfant où le lecteur averti rit mais ne peut expliquer la raison de son rire. On sent qu’il y a des associations d’idées qui ont ete générées mais c’est simplement ce contexte burlesque qui crée le rire. De nos jours les faiseurs de limericks jouent sur les mots et parfois les situations tres souvent grivoises mais ce sont des histoires completes, logiques qui sont racontés et le charme des limericks de Lear est perdu.

Par ailleurs les textes de Lear montraient aussi qu’il avait lui même un gros appetit sexuel et ses limericks peuvent tres souvent etre interprétés sous cet aspect là. Notamment de nombreux limericks font référence aux gros nez , symbole phallique par excellence. Ce caractére grivois du Limerick s’est renforcé au cours des ans mais au XIXeme siecle il ne correpondait qu’à un nombre minoritaire de textes. De nos jours en Irlande les limericks sont utilisés dans dans les écoles par exemple simplement comme jeu éducatif. Dans ces cas là ils sont bien évidemment au dessus de la ceinture.

Le limerick n’a jamais été repris par de grands poètes les seules exceptions furent Kipling, Swinburne, W.S Gilbert, Arnold Bennett, E.V. Knox, Ronald Knox, Dean Inge, Tennyson, Browning.

Exemple

Oh, my name is John Wellington Wells,
I’m a dealer in magic and spells,
In blessings and curses,
And ever-filled purses,
In prophecies, witches and knells.
W.S Gilbert

Limerick sur les guerisseurs ou plus probablement charlatans qui se remplissent les poches à partir de leurs pouvoirs “magiques”

Gilbert aussi introduit des vers aux rimes faibles ou inexistantes parfois comme dans :

There was an old man of St. Bees,
Who was stung in the arm by a wasp,
When asked, “Does it hurt?”
He replied, “No, it doesn’t,
I’m so glad it wasn’t a hornet.”

Où il joue là avec le lecteur qui a déjà choisi le mot qui rime et qui bien sur est surpris.

A partir du XXeme siecle certains jouèrent avec l’attente et le burlesque crée par les rimes :

On a day when the ocean was sharky
Archaeologist Arthur McLarky
For a quick dip dived in,
But along came a fin–
All they found was his shovel and car key.
–X.J. Kennedy

Et la perfection de la metrique anglaise allié aux images burlesques (en voila un que je trouve excellent):

There was an old man of Kartoum
Who kept two tame sheep in his room:
“For,” he said, “they remind me
Of one left behind me,
But I cannot remember of whom.”

Et d’autres au contraire s’en eloignèrent (une erreur à mon humble avis) :

There was an old man of Dunoon
Who always ate soup with a fork.
For he said, “As I eat
Neither fish, fowl, nor flesh,
I should other wise finish too quick.”

(Anonyme)

Exemples de Limericks :

There was a young lady of Niger
Who smiled as she rode on a tiger.
They returned from the ride
With the lady inside
And the smile on the face of the tiger.

– Anonymous

A staid schizophrenic named Struther,
When told of the death of his brother,
Said: “Yes, I am sad;
It makes me feel bad,
But then, I still have each other.”

– Anonymous

There was a young lady named Bright,
Who travelled much faster than light.
She started one day
In the relative way,
And returned on the previous night.

– Anonymous

A tutor who tooted the flute
Tried to tutor two tooters to toot,
Said the two to the tutor,
“Is it harder to toot or
To tutor two tooters to toot?”

– Anonymous

There was a young lady of Lynn
Who was so uncommonly thin
That when she essayed
To drink lemonade
She slipped through the straw and fell in.

– Anonymous

Bump
Things that go ‘bump’ in the night
Should not really give one a fright.
It’s the hole in each ear
That lets in the fear,
That, and the absence of light!

Spike Milligan 1918-2002

There was an old man with a beard,
Who said, “It is just as I feared!–
Two Owls and a Hen,
Four Larks and a Wren,
Have all built their nests in my beard!”

– Edward Lear, 1812 – 1888

Exemples de Limericks originaux :

Un palindrome parfait:

Tango-noter, a disc I peek at
In a temple: hot sin, a mad rat;
Ere we retard, a man
Is to help me tan;
I take epics, I dare, to no gnat.
Will Thomas

Limerick – lipograme fait avec 5 lettres seulement:

I see as I sit at tea
A stasis state at sea
I test, as I eat,
A East-Asia seat;
I assess a siesta setee.

Limerick où chaque pied rime parfaitement:

Men venerate treasure on Earth
Then penetrate pleasure n’ birth —
Fair surprise ’twixt thin thighs
Where your guys mixed in size
Again generate measure n’ girth

Le limerick homophone:

Le curry excité par l’aqueux

Le curry, une raie au milieu,
Est mon plat préféré de cent lieux.
Le curare m’empoisonne.
Le cumin enfriponne
Et tout ca s’excite avec l’aqueux.

©Rolland Pauzin – 14-11-2001

Le cul rit, excité par la queue

Le cul rit, une raie au milieu.
Et mon plat préféré de cent lieux:
Le cul, rare, m’empoisonne.
Le cul, main en friponne,
Et tout ca s’excite avec la queue.

Le limerick SMS (en francais):

Symbolisme D WC OQP

AB RV C’T OQP
7 ÉT, D’P Q 2 PP
K’V PT 100 P.Q. ;
RV 2V 2 C Q
OT D’P KK 2 PP.

©Rolland Pauzin. 4-3-2002 – Limerick

Limerick Charade (Pour un chef au front pathetique.) :

En un est un homme pathetique
À l’oeil noir et au front politique.
En deux est l’Atlantide
Dans la Bretagne humide.
Mon tout grandit quand Venus l’astique.

©Rolland Pauzin – 5-10-2001

Limericks grivois – sous entendus :

La créme financiaire s’étend

Enfants de Navare et d’Epinay
Le jour de gloire est bien arrivé :
Plaisons à la nation,
Baissons nos calecons
Pour exciter la Bourse et Pinay.

©Rolland Pauzin – 7-11-2001 – Limerick

N.B. Pinay : ministre des finances francais des annees cinquante qui imposa la reduction des prix sur les vêtements (dont les calecons) , ce qui avait beaucoup plut à la Bourse de Paris, pour ceux qui auraient la mémoire courte ou l’esprit mal placé. Le pauvre homme fut centenaire comme quoi ses conseils devaient etre bons.

Limerick en forme d’hommage (ici Georges Brassens):

Tonton Georges tu nous manques

Cher Georges depuis que tu es mort
Personne ne sait jouer du corps
Ainsi ca fait vingt piges
Que Venus Callipyge
N’a plus remis ses fesses dehors.

©Rolland Pauzin. 27-10-2001 – Limerick

Limerick educatif :

(Sous le pont Mirabeau,Vespasien: citation & origine de vespasienne)

Sous le pont Mirabeau coule la Seine …et sous le pont romain une autre scène.

Sous le pont pissent de riches romaines.
Vespasien enamouré par la scène,
S’exclame sans pudeur :
“L’argent n’a pas d’odeur” ,
Puis lègue à nos nez fins la vespasienne.

©Rolland Pauzin – 4-03-2002 – Limerick

Limerick sarcastique :

Dettes

Qui paye ses dettes s’enrichit
Et qui ne les paye pas aussi
Il est bien evident
Qu’il suffit bonnes gens
De s’endetter en restant Tapi.

Copyright © 2001 Rolland Pauzin. 4-11-2001-Limerick

Limerick sociologique :

Chocolat – Limerick

La femme mange du chocolat
Quand ses amoureux ne sont plus là,
Il est brun et sucré
Et puis surtout il est . . .
Des plaisirs d’amour un bel ersatz.

©Rolland Pauzin. 26-10-2001-Limerick

Limerick impressionant :

Noel Van Gogh

Pauvre Vincent sans gauffre et sans paye
Toise la grande grue qui begaye :
“Avant de trop jacter
vide mon robinet
pour qu’enfin je te prête l’oreille”.

©Rolland Pauzin – 16-12-2001 – limerick