La rosée
S’envole et remonte aux cieux
Quand le soleil radieux
L’a baisée.
Ainsi les pleurs de mes yeux
S’évaporent, quand tu veux,
En rosée.

Rossignol,
Ton doux chant sous la ramée
Semble la voix enrhumée
De Guignol,
Lorsque de ma bien-aimée
Chante la voix parfumée,
Rossignol.

L’hirondelle
S’en revient quand le printemps
A chassé les noirs autans
A coups d’aile.
Ainsi tes ris éclatants
Ramènent de mes vingt ans
L’hirondelle.

Mes amours
Sont comme un vin qui détonne
Et fait craquer de l’automne
Le velours.
Et je chante, et je festonne,
Et je ris, lorsque j’entonne
Mes amours.

Jean Richepin,Les Caresses, 1877


Mon coeur s’ébat en odorant la rose
Et s’éjouit en regardant ma dame :

Trop mieux me vaut l’une que l’autre chose.
Mon coeur s’ébat en odorant la rose.

L’odeur m’est bon, mais du regard je n’ose
Jouer trop fort, je vous le jur’ par m’âme.
Mon coeur s’ébat en odorant la rose
Et s’éjouit en regardant ma dame.

Triolet – vers 1390 – Jean Froissart


Quand Colette

Quand Colette Colet colie
Elle le prend par le colet.
Mais c’est trop grant mélancolie,
Quand Colette Colet Colie.
Car ses deux bras à son col lie
Par le doux semblant de colet
Quand Colette Colet colie,
Elle le prend par le colet.

Guillaume de Machaut (1300 ? – 1377)


Pour ceste foys que à vous, dame très belle,
Mon cas disoys; par trop feustes rebelle
De me chasser sans espoir de retour,
Veu que à vous oncq ne feis austere tour
En dict, ny faîct, en soubson ny libelle.

Si tant à vous deplaisoit ma querelle,
Vous pouviez par vous, sans maquerelle,
Me dire: ” Amy, partez d’icy entour
Pour ceste foys”
Tort ne vous fays, si mon cueur vous decelle,
En remonstrant comme l’ard l’estincelle
De la beaulté que couvre vostre atour;
Car rien n’y quiers, sinon qu’en vostre tour
Me faciez de hait la combrecelle
Pour ceste foys.

Rabelais, Pantagruel, 1532


Entre deux draps de toile belle et bonne,
Que très souvent on rechange, on savonne,
La jeune Iris au coeur sincère et haut,
Aux yeux brillants, à l’esprit sans défaut,
Jusqu’à midi volontiers se mitonne.

Je ne combats de goûts contre personne :
Mais franchement sa paresse m’étonne ;
C’est demeurer seule plus qu’il ne faut
Entre deux draps.

Quand à rêver ainsi l’on s’abandonne,
Le traître amour rarement le pardonne ;
À soupirer on s’exerce bientôt ;
Et la vertu soutient un grand assaut,
Quand une fille avec son coeur raisonne
Entre deux draps

Vers 1690 – Antoinette Deshoulières